Mai 68 sur évène
Mai 68 ne se limite pas au joli mois.
Si les principales manifestations, barricades et grèves se sont passées
en mai, le mouvement social démarre quelques mois plus tôt sur un
certain campus universitaire de Nanterre, le 22 mars 1968. Première
pierre (ou pavé) de la révolte, cette date fondamentale inaugure une
longue liste. De mars à juin 1968, chaque jour compte. Chronologie d'un
printemps inoubliable en quelques dates clés.
22 mars 1968 : C'est le fameux "Mouvement du 22 mars". A Nanterre, les étudiants occupent la tour administrative de l'université, conduits par
Daniel Cohn-Bendit. Ils réclament la libération de militants arrêtés le 20 mars lors d'une manifestation contre la guerre du
Vietnam.
Le soir, le 'Manifeste des 142' est rédigé et voté. Ce tract est un appel à une journée de débat le 29 avril ayant pour thème
"le
capitalisme en 1968 et les luttes ouvrières, l'université et université
critique, la lutte anti-impérialisme, les pays de l'Est et les luttes
ouvrières et étudiantes dans ces pays" (1). Cette action devient le moteur de la révolte étudiante, suite à la fermeture de la faculté le 2 mai.
2 mai : Le recteur Grappin et le ministre de l'Education nationale
Alain Peyrefitte ferment l'université de
Nanterre. La réaction est immédiate, les contestataires sortent de leur campus.
3 mai : Dans la cour de la
Sorbonne, près de 500 personnes se rassemblent pour des joutes oratoires.
Pour préserver un climat propice au calme et assurer la "liberté des examens" (1),
le recteur réclame l'intervention de la police. La cour de la Sorbonne
est évacuée. C'est le début d'affrontements violents dans le Quartier
latin. Près de 600 personnes sont interpellées et 1.000 autres
blessées. Les cours sont suspendus le lendemain.
6 mai : Huit
étudiants de Nanterre, dont Daniel Cohn-Bendit, Jean-Pierre Duteuil ou
encore René Riesel, paraissent devant la commission disciplinaire à la
Sorbonne présidée par Robert Flacelière, directeur de l'Ecole normale
supérieure. Pour assurer leur défense :
Paul Ricoeur,
Alain Touraine et
Henri Lefebvre.
La police interdit les abords de la faculté et une manifestation gonfle
le Quartier latin. 30.000 étudiants défilent jusqu'à la place de
l'Etoile et chantent l'Internationale.
Le soir, le Quartier latin
est le siège d'échauffourées entre étudiants, lycéens et CRS. Bilan :
422 arrestations, 345 policiers et 600 étudiants blessés. Face aux
émeutes, Alain Peyrefitte interdit au recteur de rouvrir les facultés.
Le mouvement gagne les principales villes étudiantes.
10
mai : Réouverture de l'université de Nanterre à 9h et reprise des cours
de lettres. Mais les professeurs du SNE-Sup refusent de faire passer
les examens tant que les étudiants arrêtés ne sont pas amnistiés. A
l'appel des syndicats, les professeurs du secondaire se mettent en
grève. Après un rassemblement place Denfert-Rochereau, les
étudiants et lycéens se dirigent vers le Quartier latin. A partir de
20h, les premières barricades se montent à l'aide de palissades, de
grilles d'arbres, de pavés, de voitures
L'exaltation est telle que les
60 barrières sont montées sans réelle stratégie :
"Tout le monde
faisait n'importe quoi sans savoir. Dans la rue Gay-Lussac, il y avait
dix barricades les unes derrières les autres. Ca n'avait aucune
signification militaire, on avait envie de faire des barricades",
expliquera Daniel Cohn-Bendit (1). Elles constituent néanmoins une
ceinture d'autodéfense autour de la Sorbonne. A partir de 2h15 du
matin, les affrontements commencent : les grenades contre les pavés.
C'est la fameuse "Nuit des barricades" au lourd bilan : un millier de
blessés dont 500 gravement touchés.
11 mai : La France bascule du côté des étudiants contre la police et le gouvernement. Le Premier ministre
Georges Pompidou
demande aux syndicats étudiants le retour au calme, annonce la
réouverture de la Sorbonne pour le 13 mai et demande la libération des
étudiants arrêtés.
13 mai : Les dirigeants des syndicats
lancent un ordre de grève générale. Des défilés rassemblent à Paris et
en province des millions de personnes. Pour la première fois, ouvriers
et étudiants s'unissent. Sans aucun débordement, ils brandissent
plusieurs slogans : "Libérez nos camarades", "CRS SS" ou encore "De
Gaulle aux archives".
Les théâtres nationaux sont fermés, le
courrier n'est distribué qu'en zone rurale, les transports aériens et
la SNCF sont perturbés.A peine rouverte, la Sorbonne est
occupée dès 8h du matin par des étudiants qui animent des débats nuit
et jour. La faculté demeurera le centre des contestations jusqu'au 16
juin.
A Strasbourg, la faculté est proclamée autonome.
14 mai : Le mouvement contestataire occupe l'atelier des Beaux-Arts de Paris. Les affiches deviennent des instruments de propagande.
15 mai : Sous l'impulsion de Jean-Jacques Lebel, le
théâtre de l'Odéon est occupé par plusieurs milliers d'étudiants et devient un forum.
16 mai :
Les grèves s'intensifient et les occupations d'usines se multiplient,
comme la grande usine Renault qui devient le symbole du mouvement. Les
grèves gagnent le trafic aérien, la SNCF, la RATP et la distribution de
journaux.
19 mai : A son retour de Roumanie, le président
Charles de Gaulle cherche à reprendre la situation en main. Il énonce alors la célèbre phrase :
"La réforme oui, la chienlit, non."A Cannes, les réalisateurs
Claude Lelouch,
Louis Malle,
François Truffaut,
Roman Polanski ou encore
Jean-Luc Godard protestent contre le renvoi de la
Cinémathèque d'
Henri Langlois. En solidarité avec les étudiants, ils empêchent la projection des films en compétition.
20 mai : Tout le pays est paralysé. On estime à plus de 10 millions le nombre de grévistes.22 mai : Daniel Cohn-Bendit, parti quelques jours en Allemagne, ne peut rentrer à Paris. Il est refusé d'accès sur le sol français.
En
réaction, une manifestation démarre à Paris. Le Parlement vote une loi
qui amnistie les actes commis pendant les manifestations étudiantes. 24 mai :
Manifestation à Paris pour protester contre l'interdiction de séjour en
France de Daniel Cohn-Bendit. A 16h, la CGT organise une marche. A
17h30, des cortèges d'étudiants et d'ouvriers se dirigent vers la gare
de Lyon aux cris de "Nous sommes tous des juifs allemands" et "Le
pouvoir est dans le rue". Les heurts se multiplient entre
Bastille,
Opéra
et le Quartier latin. La Bourse flambe. A 20h, le général de Gaulle
prononce un discours à l'issue duquel les cris de "Adieu de Gaulle"
retentissent. Pendant la nuit, les émeutes s'intensifient, des vitrines
sont cassées, des voitures brûlées. Bilan : 500 blessés et 800
interpellations. Le mouvement social est à la frontière entre guerre
civile et révolution. La violence des événements se retourne contre les
étudiants qui perdent le soutien de l'opinion publique. La révolte
devient politique.
En province, les manifestations et les émeutes se
soulèvent pour la cause de Daniel Cohn-Bendit. A Lyon, un commissaire
de police est tué par un camion lancé par des manifestants.
25 mai : Journalistes
des radios et télévisions publiques entrent en grève. L'ORTF ne diffuse
plus qu'un bulletin à 20h. Ils réclament davantage de liberté. 120
journalistes de l'ORTF seront licenciés dont
Michel Drucker,
Thierry Roland ou encore Roger Coudrec.
A 15h, au ministère du Travail, 127 rue de Grenelle, commence la "conférence de Grenelle". Georges Pompidou,
Edouard Balladur et
Jacques Chirac
sont face aux patrons des syndicats : Georges Seguy et Henri Krasucki
(CGT) entre autres plaident pour une amélioration des conditions de
travail. Dimanche 26 mai, les discussions cessent à 3h40 du matin et
reprennent vers 18h.
27 mai : Georges Seguy présente aux ouvriers de Billancourt les "accords de Grenelle",
convenus entre le gouvernement, les patrons et les syndicats.
Au menu : augmentation du SMIG et des salaires, réduction du temps de
travail, abaissement de l'âge de la retraite et principe de la section
syndicale d'entreprise. Les grévistes décident de continuer le
mouvement.
A l'appel de Jacques Sauvageot, près de 30.000 étudiants
et ouvriers se réunissent au stade Charléty dans la soirée, en présence
du PSU et de
Pierre Mendès France.
28 mai : Daniel Cohn-Bendit, cheveux teints en noirs, parvient à regagner le sol français.
29 mai :
De Gaulle disparaît. En fait, il part consulter le général Massu à
Baden-Baden. Lancés par la CGT, plusieurs centaines de milliers de
manifestants défilent autour du slogan "Gouvernement populaire".
François Mitterrand propose Pierre Mendès France comme Premier ministre et annonce sa candidature à la présidence de la République.
Pierre Mendès France se déclare prêt à former un "gouvernement provisoire de gestion" si toute la gauche le soutient.30 mai : Valéry Giscard d'Estaing déclare :
"Un
gouvernement qui, malgré un sursis, n'a réussi ni à établir l'autorité
de l'Etat, ni à remettre la France au travail doit partir de lui-même."
(1) Mais coup de théâtre, le général de Gaulle revient et affirme qu'il
ne partira pas, ne changera pas de Premier ministre et dissout l'
Assemblée.
A
Paris, à partir de 18h, les organisations gaullistes appellent à une
marche de soutien. Entre 300.000 et un million de personnes répondent à
cette invitation et défilent de la Concorde à l'Etoile.
2 juin : Les négociations reprennent petit à petit pour la reprise du travail.
6
juin : Des affrontements perdurent plusieurs jours entre CRS, étudiants
et jeunes ouvriers suite à l'expulsion des piquets de grève par les
forces de l'ordre. 10 juin : De violentes échauffourées ont lieu à Flins dans les Yvelines devant l'usine
Renault. Un lycéen meurt noyé : Gilles Tautin.
11 juin : Les étudiants manifestent suite au drame de Flins. C'est la fin de la grève des cours dans les lycées.
14 juin : Le théâtre de l'Odéon est vidé.
16 juin : La Sorbonne est évacuée.
17 juin : Les ouvriers de Renault décident la reprise du travail.
23 juin : Premier tour des élections législatives. Succès de la majorité gaulliste : 142 sièges sur 154.
30 juin : Confirmation
du succès de la droite au second tour des législatives. La majorité
saisit 358 sièges sur les 485 de la nouvelle Assemblée nationale.
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