Le figaro : Publié le 29 novembre 2006
Le Conseil économique et social doit valider aujourd'hui un avis sur la représentativité qui bouleverserait le paysage syndical.
UN dernier coup d'éclat pour prendre date. Hier en clôture des débats sur la représentativité syndicale au Conseil économique et social (CES), le Medef, FO, la CFTC, la CGC et les professions libérales ont justifié leur opposition au projet d'avis dont le vote définitif est prévu aujourd'hui.
Représentants du groupe des entreprises privées (Medef, CCI et CGPME), Denis Gauthier-Sauvagnac a dénoncé à la tribune « un projet d'avis qui confond démocratie politique et démocratie sociale » avant de diffuser un communiqué le jugeant « inacceptable » car conduisant « à bloquer pour des années la négociation collective dans notre pays ». Pour sa part, la représentante de FO, Marie-Suzie Pungier, déplorait le rejet de quelque 200 amendements et dénonçait un « 49-3 social », du nom de l'article qui permet au gouvernement de faire adopter un projet de loi sans vote par l'Assemblée nationale.
La tonalité des interventions est toutefois demeurée largement en deçà de la vigueur des échanges qui ont animé les travaux en commission. Du rarement vu au CES ! Ce que chacun des partisans de la réforme s'est d'ailleurs employé à dénoncer en creux à la tribune en saluant « le sang-froid », «la patience », «l'égalité d'humeur » ou « les qualités d'écoute » des deux rapporteurs du projet d'avis, Paul Aurelli et Jean Gautier, et du président du CES, Jacques Dermargne. Membre du groupe des personnalités qualifiées, et peu familier des enjeux du débat sur la représentativité syndicale comme il l'a reconnu lui-même, Gérard Le Gall a déploré pour sa part l'attitude de certains ayant adopté des méthodes en vigueur dans les négociations syndicats-patronat : menaces de départ, portes claquées... « Je me suis même fait traiter de gauchiste par le Medef », raconte, estomaqué, un membre du CES pourtant pas aussi décalé sur le spectre politique.
<intertitre></intertitre>Un saut dans l'inconnu
Si ce thème de la représentativité a provoqué un tel déchaînement, c'est que les opposants ont beaucoup à perdre d'une telle réforme. Officiellement, tous dénoncent le recours à une élection pour mesurer l'audience des syndicats. Une telle méthode transformerait le syndicalisme d'adhésion, tourné vers la conquête de nouveaux militants, en syndicalisme d'opinion dénoncent les détracteurs.
Côté syndical - FO, CFTC, CGC -, on redoute surtout que les nouveaux acteurs qui ne manqueraient pas de surgir dans un tel cadre affaiblissent des positions figées depuis 1966. Côté patronal, on s'était bien habitué à travailler dans ce cadre. Pour négocier un accord, le Medef savait sur quels syndicats s'appuyer et jusqu'où pousser les compromis. L'émergence de nouveaux acteurs qu'annonce le projet d'avis, c'est le saut dans l'inconnu. Et le risque de se retrouver demain à devoir négocier avec des syndicats plus durs que la CGT.
Cette satisfaction de la situation actuelle a soudé les opposants tout au long du débat. Elle les soudera encore demain, quand l'heure d'engager la réforme approchera. Le représentant de la CFDT, Jean-Marie Toulisse, le sait, l'avis du CES n'est qu'un premier pas. Dans son intervention à la tribune, il a demandé au gouvernement d'y donner « une suite effective ».
FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD