Réflexions sur le dialogue social et la représentativité syndicale
Etat des lieux
Le gouvernement avait confié deux missions sur le dialogue social et la représentativité syndicale qui ont donné lieu à deux rapports : Chertier (dialogue social) et Hadas-Lebel (représentativité et financement syndical).
Le gouvernement annonçait une grande réforme du dialogue social qui inclurait le changement des règles actuelles dE représentativité. Chirac insistait le 14 juillet dernier et intervenait au Conseil économique et social voulant ainsi donner à ces rapports un poids politique important.
De fait, la grande réforme de Chirac a fait « pschitt .
Le rapport Chertier a donné lieu à un projet de loi en 6 articles qui commencera à être discuté à lAssemblée Nationale à partir du 4 décembre reprenant les mesures les plus favorables à ceux qui voudraient enfermer les organisations syndicales dans un tête-à-tête avec le Medef et favoriser le contrat par rapport à la loi. Ce projet de loi ne concerne que les organisations dites les plus représentatives soient les cinq confédérations.
Le rapport Hadas-Lebel a fait lobjet dun examen au Conseil Economique et Social. Dans un avant-projet, le CES reprenait les dispositions les plus favorables de ce rapport : abrogation de larrêté de 1966, présentation libre des organisations syndicales légalement constituées au premier tour des élections, accords basé sur les accords majoritaires soit des syndicats représentant une majorité de salariés.
Le rapport définitif du CES devrait sortir le 29 novembre. La dernière version avant discussion en plénière reprend les propositions dabrogation de larrêté de 1966 et la présentation libre au premier tour.
Dialogue social :
Solidaires ne peut que sopposer au projet de loi sur le dialogue social. En effet, aucune mesure nest prise dans le sens daccords majoritaires (cest-à-dire basés sur laccord de syndicats représentant une majorité de salariés) ou de changement des règles de représentativité. La démocratie est donc bien la grande absente de ce projet. De plus, le risque
est grand denfermer les organisations syndicales dans la gestion du système, dans une discussion avec le patronat en dehors de tout rapport de force et de rentrer dans une logique, qui sous prétexte damélioration du dialogue social veut accentuer la prédominance du contrat par rapport à la loi.
Si nous devons nous opposer à ce projet de loi, nous devons aussi pouvoir débattre sur la notion de dialogue social, des différents niveaux de celui-ci et de la place de la loi et du contrat.
1)LUnion syndicale Solidaires doit réaffirmer son opposition ferme à la loi Fillon de 2004 qui permet de renverser la hiérarchie des normes.
2) Nous réaffirmons nettement notre refus de voir le syndicalisme devenir un co-législateur et que nous défendons un syndicalisme de proximité, dactions et de transformation sociale.
Mais les propositions que nous faisons, celles que nous débattons dans nos différents secteurs et que nous serions amenés éventuellement à débattre dans le cadre dune représentation nationale, doivent évidemment être basées sur un rapport de force établi avec les salariés.
Cette note sera bâtie sur le plan établi par le Conseil Economique et social, juste par facilité de rédaction.
Représentativité
Que dit le CES :
« La légitimité des organisations syndicales repose avant tout sur leur capacité à élaborer des propositions collectives, mobiliser les salariés pour la défense de leurs intérêts collectifs, informer les salariés des résultats obtenus, demander leur avis et garantir la bonne exécution des accords résultant de la négociation collective. Cette capacité se manifeste dabord par leur nombre dadhérents, mais elle va au-delà des seuls militants ou adhérents. Celle-ci intéresse aussi tous les salariés qui sans être adhérents, se reconnaissent dans les initiatives, les prises de position ou les accords conclus par les organisations syndicales. Linfluence, et donc la représentativité dune organisation syndicale peut aussi sapprécier à partir des suffrages quelle recueille lors des consultations électorales auxquelles sont appelés les salariés.
Le caractère « irréfragable » de la présomption de la représentativité doit être abandonné au profit de la notion plus moderne de représentativité nationale permettant aux organisations concernées de négocier des accords nationaux et interprofessionnels et de désigner des délégués syndicaux dans les entreprises. »
Le Ces se prononce pour labrogation de larrêté de 1966.
Que propose til ?
Le Conseil reconnaît majoritairement le principe selon lequel le choix par les salariés des organisations appelées à les représenter dans les négociations doit se fonder, entre autres, mais principalement sur des élections, il importe de définir les clauses qui doivent figurer expressément, au cahier des charges de cette mesure de la représentativité des organisations.
1) Seules les organisations syndicales légalement constituées et indépendantes peuvent solliciter les suffrages des salariés.
2) La mesure de représentativité des organisations devrait résulter de consultations permettant à tous les salariés et quelle que soit la taille de leur entreprise délire leurs délégués.
3) Vote sur les lieux de travail notamment avec lutilisation des NTIC. Election portant sur des personnes reconnues par une organisation
4) Intervalle d temps suffisamment long entre deux consultations permettant dasseoir la représentativité des organisations
5) Seuil égal ou supérieur à 5% en tenant compte de la spécificité reconnue à la CFECGC pour la représentation de lencadrement.
Position et débat dans Solidaires :
Si notre position sur labrogation de larrêté de 1966 et la possibilité pour toute organisation syndicale légalement constituée ne pose pas de débat. Un certain nombre de point pourrait être mis en discussion dans Solidaires.
Tout dabord faut-il maintenir une représentativité nationale qui détermine qui peut signer et négocier des accords nationaux, mais aussi désigner des délégués syndicaux.
Cette représentativité, qui selon les versions, pourraient être remises en cause au travers de consultations électorales nationales tous les cinq ans, maintien un avantage certain aux organisations les plus importantes (y compris Solidaires, surtout dans le cadre dun seuil à 5%). Elle est basée essentiellement sur les résultats électoraux.
Nous pourrions avoir une position différente qui exclut le fait que les élections nationales donnent un avantage pour la désignation des DS.
Nous pourrions aussi nous opposer à tout seuil de représentativité.
Quelle élection ?
Pour ménager toutes les susceptibilités, le CES ne se prononce pas sur cette question, la référence à lélection prudhomale a même disparu.
Pour Solidaires, nous réaffirmons tout dabord que la représentativité devrait tenir compte des résultats des élections dans le privé agréger aux résultats obtenus dans les Fonctions publiques.
Pour le privé, doit-on faire voter et sexprimer au-delà des seuls salariés (retraités, chômeurs
). Dans ce cadre, est-ce que lélection à la sécurité sociale ne serait pas le meilleur échelon. En même temps, les perspectives dune telle élection semblent véritablement lointaines.
Lautre alternative serait lutilisation des élections prudhomales (et pour Solidaires avec lagrégation des résultats obtenus dans les Fonctions publiques). Cette solution (juste les prudhommes) est celle qui revient le plus dans les expressions des politiques ou de certaines confédérations. Le défaut dune telle élection serait de faire dépendre la représentativité nationale, dune élection, où si tous les salariés participent, ils ont parfois du mal à sy exprimer la juridiction prudhomale étant considéré comme un recours dont on espère navoir jamais besoin. Le risque est aussi de diminuer les enjeux nationaux (au détriment des enjeux prudhomaux) ou de les surévaluer par rapport aux enjeux prudhomaux.
Une dernière alternative serait de créer une nouvelle élection nationale pour déterminer la représentativité avec un risque majeur de créer un nouveau scrutin déconnecté des revendications immédiates des salariés et donc un désintéressement de ceux-ci.
De plus, cette dernière éventualité poserait dautant plus précisément la question dune instance représentative nationale sil devait y avoir un scrutin de liste nominatif.
La CFDT pour sa part défend plutôt lidée dune élection par branche.
Quelle instance nationale ?
Doit-on aller vers la création dune « chambre sociale » qui remplacerait le CES et la CNNC ?
Quelle instance, quel niveau de discussion ?
Négociations collectives :
Sur ce point, le rapport du CES va plutôt vers lidée daccords majoritaires.
Pour le CES, il ne sagirait pas de considérer que toute négociation doit aboutir, mais daccepter quun accord puisse être rejeté sil est considéré comme insatisfaisant par les organisations représentant une majorité de salariés et cela à chaque niveau de négociations.
Les réticences dun certain nombre dorganisations ont fait fléchir la majorité du Ces pour que la solution de la majorité dengagement soit faîte par étape. Cette étape passerait dabord par une majorité relative, un accord serait valide dès lors quil serait signé par une ou des organisations représentant un nombre de voix supérieure à celles qui sy opposent.
Pour Solidaires, nos positions doivent dabord exprimer la volonté de revenir sur la loi Fillon qui permet de déroger à la hiérarchie des normes.
Cela passe ensuite par une majorité dengagement qui apparaît comme le critère le plus démocratique. Mais nos premiers débats en BN ont laissé apparaître la volonté de préserver des « garde-fous » pour les salariés. Ainsi ne serait-il pas possible pour les salariés de demander un référendum même si cest un accord majoritaire qui a été signé. Il faudrait bien sur un encadrement très strict pour que ces initiatives viennent véritablement des salariés, référendum réclamé par plus de
.% du personnel par exemple.
Négociations collectives dans les PME-TPE :
Que dit le CES :
« En labsence de représentant du personnel élu parmi les salariés de lentreprise, en particulier dans les TPE, il pourrait sagir délus de proximité, cest-à-dire appartenant à des entreprises du m^me secteur dactivité dans un cadre local à définir selon les réalités des branches, afin quils ne soient pas étrangers aux préoccupations des salariés et des chefs dentreprises concernés.
Ces délégués seraient représentés par les organisations syndicales qui assureraient ainsi un certain professionnalisme et une mutualisation des moyens affectés à la négociation. Ils recevraient une formation adaptée et un véritable accompagnement de la part de lorganisation syndicale qui les représenterait. »
Pour Solidaires, la question de la syndicalisation et de la représentation des salariés des PME et des TPE doit être un enjeu important. Nous devons avoir un débat qui peut partir des propositions du CES, mais aussi une réflexion sur le syndicalisme de branche, de site et du rôle des Solidaires locaux.
Financement :
*Toutes les expressions vont vers une pratique de plus grande transparence du financement des organisations syndicales.
Deux propositions se détachent :
Laugmentation de la réduction fiscale et linstauration dun crédit dimpôt pour les adhérents Le financement public
Statut du responsable syndical :
Quelle situation du salarié prenant des responsabilités syndicales ?
* Les deux derniers points feront lobjet dune note particulière. Ce qui nempêche aucunement la réflexion.