par le gouvernement semble plutôt leur intimer un silence respectueux. Le 6 octobre, Jean-Louis Bourgatte, représentant syndical CGT à lentreprise de transports privés Connex, à Nancy, vingt-cinq ans dancienneté, est licencié pour « insultes envers sa hiérarchie », prononcées au cours dune réunion houleuse. Une décision politique : le licenciement est expressément validé par Gilles de Robien, ministre des Transports, contre lavis du comité dentreprise et de linspection du travail, qui refusent, eux, de considérer « les échanges vifs de noms doiseaux entre un syndicaliste et sa hiérarchie » comme un mobile de licenciement.
Le cas de Jean-Louis Bourgatte nest malheureusement pas isolé. Le Réseau syndical interprofessionnel (RSI) sest donné pour objectif de recenser cette « répression antisyndicale », quil estime en augmentation depuis un an. En effet, si on a beaucoup parlé des démêlés judiciaires de José Bové, de nombreux syndicalistes moins médiatiques sont également touchés. Le 20 novembre, une réunion à la Bourse du travail de Paris fera le point sur cette situation, dans la perspective dune manifestation nationale (1). « Cest lavenir du mouvement syndical qui est en jeu. Aujourdhui, la répression va très loin et devient de plus en plus systématique envers les représentants syndicaux », sinquiète Kaourantin Lamprière, lun des initiateurs du RSI. Le militant énumère la liste des syndicalistes attaqués : « Cest une hécatombe, Roland Veuillet, Faty Mayan, Cédric Ostrowski, Mohamed Bedhouche, Michel Madassamy, etc. Cest suffisamment grave pour que ces cas ne restent pas confinés au niveau local ou à léchelle dun syndicat », explique-t-il, avouant quil craint « une liquidation de laction syndicale ».
Comme le secteur privé, le secteur public est aussi touché par cette répression. « Dans lenseignement, on a constaté, à la suite des grèves contre la réforme des retraites en 2003, que les représentants syndicaux nétaient pas traités de la même manière que les simples syndiqués », dénonce Laurence Pennequin, professeur et militante active de SUD-Éducation dans le Gard. Elle explique quon lui a ponctionné lintégralité « et même un peu plus » de ses jours de grève, chose en soi « exceptionnelle ». Alors que des collègues « moins perturbants », mais qui avaient aussi activement participé à cette grève, nont eu que cinq jours de salaire retirés. « Il y a eu des inégalités de traitement à la tête du client et une discrimination envers les représentants syndicaux », accuse-t-elle.
L« affaire Roland Veuillet » a été, en cela, emblématique. En février 2003, le conseiller principal déducation du lycée Dhuoda de Nîmes, représentant de SUD Éducation, est suspendu de ses fonctions pour quatre mois. La sanction, prononcée par le recteur, est établie sur la base dun rapport du proviseur du lycée. Ce dernier reproche à Roland Veuillet davoir été « ostensiblement en grève », lors du mouvement de protestation des surveillants et des emplois jeunes contre la suppression de leur statut. En juin 2003, Roland Veuillet est muté doffice à Lyon, fait rare dans lÉducation nationale. « Cest une cabale pour faire un exemple, semporte Laurence Pennequin, il y a un véritable acharnement à casser les plus combatifs. En plus, à chaque fois, cest la personne et non lorganisation syndicale qui est visée. » Le RSI est, selon elle, une chance de sortir chaque cas de son isolement.
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(1) Le Réseau a été créé en novembre 2003 après le mouvement contre la réforme des retraites. Un appel contre la répression syndicale a été lancé en septembre et regroupe une soixantaine dorganisations syndicales, dont la CGT, SUD, la FSU, la CNT, la CFDT, ainsi que des associations de chômeurs.
Aline Chambras jeudi 18 novembre 2004